M'aimes-tu ?

30

March 2026
Monday
23:46
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Pas de mise à jour notable sur le site pour ce mois de mars, mis à part l’apparition de "la lumière du printemps"… et le trimestriel “Jay Ma” qui en est à son numéro 160, disponible comme toujours sur le site officiel et sur Anandamayi.one.

Récemment, je me suis souvenu d’une brochure que j’avais trouvé, il y a longtemps, dans ma boîte aux lettres... quelqu'un l'avait déposé là. Je pensais qu'elle provenait d’une église chrétienne à proximité. Son contenu décrivait différents états de l’âme humaine ; du coeur qui cherche Dieu ou du coeur qui s’en éloigne, du coeur qui s’entête dans la faute et du coeur qui se repent et essaie de changer…

Cette brochure m’avait fortement impacté à l’époque (je devais avoir une petite vingtaine d’années), parce qu’elle était extrêmement limpide.
Il me semble que je n’avais même pas lu les explications : il suffisait de lire les titres et de contempler les images pour comprendre immédiatement de quoi il s’agissait.

Et le message “subliminal” était fort, on me demandait sans l’exprimer directement : “Où se situe ton coeur et comment comptes-tu remettre les choses en ordre dans ta vie ?

Voici la structure générale de ce livret :

  1. Le cœur du pécheur
  2. L'éveil de la conscience
  3. La repentance
  4. Le cœur purifié par le sang de Jésus
  5. Le temple de Dieu
  6. Le chrétien face à la tentation
  7. Le cœur partagé (ou le recul)
  8. La plénitude du Saint-Esprit
  9. La mort du juste
  10. La mort du pécheur

Il est donc structuré en 10 sections, chacune accompagnée d'une illustration.
Les dix illustrations suivent toujours le même schéma : un cœur contenant des animaux ou des créatures, surmonté d'une tête.

"Un nouveau départ" (troisième tableau La Repentance)

Cette image monochrome était l'esthétique que j'avais sous les yeux lorsque j'ai découvert cette brochure. Bien que de nombreuses versions existent, la structure et le message restent identiques : Ces illustrations montrant un cœur humain habité par différents animaux (paon pour l'orgueil, serpent pour le mensonge, etc.) qui sont chassés à mesure que la personne se tourne vers Dieu.

Je me suis souvenu de ce livret parce qu'il mettait en image l'endurcissement du coeur, l'entêtement dans l'erreur, mais aussi la purification du coeur et le retour à la paix de l'âme.
Dès que nous ne sommes plus alignés, toutes sortes d'émotions perturbatrices peuvent ressurgir, l'ego peut refaire surface et prendre racine...
Mâ Ânandamayî disait qu'il faut constamment nettoyer le mental pour qu'il devienne comme un miroir, capable de refléter le Soi.

Lorsque le mental est envahi par les désirs mondains, ceux-ci ont pour nature même de le troubler. Détournez votre esprit des choses extérieures et tournez-le vers l'intérieur.

Pourquoi sommes-nous envahis à un moment donné ? Sinon que nous avons manqué de vigilance ? Mais que devenons-nous lorsque nous mettons beaucoup de temps avant de nous en rendre compte ? Puisque c'est seulement au réveil que quelqu'un dit : "oh ! Je me suis endormi ! Mais depuis combien de temps ?"
Avec le manque de vigilance vient le manque de discernement, et de là l'ignorance, l'oubli et l'endormissement. C'est seulement à ce moment-là que sont projetées les ombres sur les parois de la caverne.

Le coeur de Pierre

Dans la bible chrétienne, il y a un passage qui, il me semble, est un enseignement infini et éternel.
Jésus demande à Pierre s'il l'aime.
Il le lui demande trois fois : "M'aimes-tu ?" (Jean21:15-17)
Avant la Passion, Pierre était sûr de lui (« Même si tous succombent, moi non ! » Marc 14, 29). Sa trahison, lorsqu'il a renié Jésus trois fois avant le chant du coq, lui a permis de réaliser sa propre fragilité.
Quand Jésus l'interroge trois fois —"M'aimes-tu ?"—, après la résurrection, Pierre ne s'appuie plus sur sa propre force, mais sur l'omniscience du Christ : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime. »
Pierre ne s'est pas enfermé dans les remords et la culpabilité, il s'est ouvert au Pardon, parce qu'il a cru et qu'il a aimé le Christ davantage que ses propres fautes.
La question du coeur est cruciale. C'est par le coeur que tout se joue ; si on aime le mondain plus que le spirituel, ou si on aime Dieu plus que notre propre vie... cela change une destinée.

Jésus ne bâtit pas son Église sur un Pierre héroïque et sans faille, mais sur un Pierre qui a connu sa propre misère et qui, par conséquent, sera capable de comprendre et de guider les autres âmes. C'est le fondement même : la Grâce et la Foi.

Je n'ai pas trouvé de meilleure référence à cela que ce livret... car il mettait en image ce qui est contenu dans l'enseignement du Christ. Je me suis donc dit que j'allais retrouver ce livret, qu'il devait sûrement encore exister quelque part.

Ce qui m'avait frappé aussi, lorsque je l'ai découvert, c'était une fascinante ressemblance avec quelque chose que je connaissais déjà... je voyais une correspondance avec le Bardo-Thödol et, plus généralement, avec les enseignements bouddhistes.
Si j'arrive au bout de mes efforts (et si vous me lisez jusqu'au bout), je tenterais de montrer que le monde chrétien a produit ce qui serait un équivalent du Bardo-Thodol, d'une certaine façon...

Le début de l'enquête

Avant d’en arriver là, à comparer l'approche chrétienne et l'approche bouddhiste, il faudrait que l’on fasse "une fouille archéologique" pour répondre à la question : d’où vient ce livret, qui l'a réalisé ? Et pourquoi ?
Je m'étais dit qu'une petite recherche suffirait et qu'ensuite je n'aurais qu'à résumer cela, ici, dans cette publication du mois de mars 2026.
Mais hélas... je n'ai pas fini de chercher... et de trouver...
Comment aurais-je pu imaginer ce que j'allais découvrir.
J'ai remonté de faisceaux d'indices en faisceaux d'indices, et cela m'a amené tellement loin dans le passé... Je ne saurais même pas par où commencer, à ce stade-ci de mes recherches.

Commençons ici et maintenant, alors : La version actuelle du livret intitulé "Le Coeur de l'Homme" est publié par l'ANGP (All Nations Gospel Publishers). Cette association a été fondée en Afrique du Sud en 1935 et son siège social se trouve en Suisse.

Je pourrais vous détailler comment l'ANGP a été fondé et pourquoi.
Sans entrer dans trop de détails, c'est spécifiquement pour diffuser "Le Coeur de l'Homme" que l'ANGP a vu le jour. C'est autour de ce texte que s'est construite l'association.

Durant la première guerre mondiale, un soldat suisse a trouvé Dieu dans sa cellule de mort et, une fois libéré, consacra sa vie à Dieu. Devenu pasteur, Joseph Reinhard Gschwend a été envoyé en Afrique du Sud en 1921 en tant que missionnaire de la Schweizerische Pfingstmission (Mission Pentecôtiste Suisse).
C'est en 1929 que J.R. Gschwend a révisé et réécrit ce texte classique pour l'adapter spécifiquement aux besoins de l'évangélisation en Afrique. Le livret était déjà présent, apporté probablement par les missionnaires allemands ou suisses, mais c'est Gschwend qui l'a simplifié (en rendant les explications plus accessibles) et largement diffusé. Ce livret était d'abord des feuillets pliés, imprimées de façon artisanales, en petit nombre, et diffusés sur place en Afrique du Sud.
La popularité grandissante de ce livret artisanal que J.R. Gschwend colportait là-bas, gratuitement, l'incita à chercher des moyens pour l'éditer à plus grande échelle.
C'est ainsi qu'il fonda l'ANGP en 1935. Il avait la vision d'évangéliser tout le continent africain ("all nations")... et il compris très tôt que le soucis n'était pas la distance mais la langue, y compris les dialectes. Gschwend a compris que dans de nombreuses cultures africaines de l'époque, l'enseignement par l'image (le "cœur" comme "miroir de l'âme") était bien plus efficace que de longs textes théologiques.
Avant de quitter ce monde en 1988 (en Afrique du Sud), son organisation imprimait déjà pour l'Inde, l'Asie, l'Amérique du Sud et l'Europe.

"Le Coeur de l'homme" est actuellement traduit
en plus de 500 langues et dialectes.

De nos jours, on peut dire qu'il s'agit d'un "best-seller" même si le terme est impropre puisque ce livret n'est pas vendu mais colporté et offert. Les volumes distribués sont très importants surtout en Inde (proportionnellement à la démographie) et en Amérique Latine où il y a un "réveil" spirituel. Des milliers de pasteurs et d'évangélistes indiens collaborent avec l'ANGP et commandent en masse ces brochures pour leurs missions de terrains.

Il n'est pas épais, les illustrations ne sont pas des oeuvres d'art, loin de là —ce n'est pas du tout le but— et pourtant son message continue de se répandre de façon extraordinaire... permettant de nombreuses conversions au christianisme... décennies après décennies... et c'est le moins qu'on puisse dire...

Car avec tout ceci, je n'ai encore rien dit.

Nous avons affaire à un phénomène... et je pèse mes mots.
Moi-même, qui suis en train de découvrir l'ampleur de la chose, je n'en reviens pas...

Lorsque vous lisez la préface du livret, —bien que cela dépende de la version que vous avez en main—, vous lirez normalement que ce livre n'est pas un original et que l'oeuvre s'inspire d'une ancienne version... datant de 1821...1813...
La chose reste floue... parfois vous avez le nom de l'auteur : Johannes Gossner, théologien et pasteur allemand.
Gossner a effectivement publié en 1812, une version allemande retravaillée du texte (avec les 10 illustrations emblématiques)... mais ce n'est pas l'auteur.
Donc nous remontons encore un peu : nous prenons la préface de la version de Johannes Gossner dans laquelle il mentionne, quant à lui, qu'il s'est basé sur une ancienne version de 1732... ou 1733... intitulée "Geistlicher Seelen-Spiegel" (« Miroir spirituel de l'âme »)

Dans cette édition publiée à Würzburg chez Philipp Wilhelm Fuckert, il n'y a pas 10 tableaux, mais bien 12 (gravures de Johann Salver).
Et vous savez quoi ? Effectivement, cette édition de 1733 n'est toujours pas l'originale, c'est une traduction allemande d'une version française... La préface de l'ouvrage "Geistlicher Seelen-Spiegel" fait référence à un modèle français, qui "ne peut toutefois plus être identifié."
Cependant, les travaux ultérieurs d'Anne Sauvy (dans "Le Miroir du cœur", 1989) ont établi que cette source est très probablement "Miroir de l'âme" qui contient les "Images morales" créées par le Père Vincent Huby en Bretagne, entre 1675 et 1682... chez le graveur Pierre Gallays pour les premières estampes grand format (en 1682) et plus tard chez François-Gérard Jollain.(série destinée aux femmes, en 1697)

On mentionne également un ouvrage publié en 1675 intitulé « Les images morales et leur explication » de Huby, qui pourrait bien être aussi la source qui a inspiré la traduction allemande de 1733 "Geistlicher Seelen-Spiegel".
Les douze illustrations étaient des estampes et par la suite, compilées sous forme de recueils de douze "image morales" avec leurs explications, des livrets de colportage illustrés.

Je ne vais pas tout vous détailler ici (ce serait trop long), je donne juste un aperçu.


J'ai du pas mal chercher, juste pour retrouver la chronologie des faits... recouper les sources pour être sûr de ne pas me tromper.

Mais on se retrouve bel et bien en France... avant l'an 1700...

Baroque sacré &
Esthétique de la persuasion

Nous sommes à une époque où le protestantisme s'est si bien implanté que le monde catholique tente de se relever et de reconquérir les coeurs. C'est l'époque de ce que l'on appelle "la Contre-Réforme" *.

La Contre-Réforme (ou Réforme catholique) est la réaction de l'Église catholique face à la montée du protestantisme au XVIe siècle. Initiée par le concile de Trente (1545-1563), elle vise à réaffirmer les dogmes catholiques, réformer l'institution de l'intérieur, arrêter la propagation du protestantisme et reconquérir des âmes, notamment via les Jésuites et l'art baroque.

C'est l'époque où les jésuites sont très actifs et développent une énergie incroyable pour propager le message du Christ et ramener les hommes au catholicisme.

Pour bien discerner l'esprit de l'époque (dans ce contexte), il faudrait s'attarder évidemment sur Saint Ignacio de Loyola (fondateur de l'ordre des Jésuites) et sur une figure incontournable que celle du mystique François de Sales.

Mais il faudrait aussi mentionner la place qu'occupe l'image dans la littérature de l'époque et dans la sphère religieuse. Comment l'image s'était-elle développée pour permettre aux personnes non-instruites, aux illettrés, de recevoir des enseignements ?
Peu de personne lisait à l'époque. On dit même que les vitraux des églises étaient en fait "la bible des pauvres"... une manière de transmettre un message visuellement.
D'autre part, depuis le XVe ou XVIe siècle jusqu'au XVIIIe s'était propagé avec une popularité remarquable ce qu'on appelle le "livre d'emblèmes".

On pourrait dire que ce sont des "livres illustrés", en tout cas ils sont profanes ou religieux.
Ils se caractérisent par une composition toujours tripartite : 1) un titre ; 2) une image énigmatique (emblème, icône, symbole, allégorie) ; 3) un court poème qui complète et fait vivre l'image, qui la décrypte.

"Emblemata", de Aliciat,
Lyon, Guillaume Rouillé 1564

Les livres d'emblèmes se sont fortement diffusés d'abord en Italie, puis au Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique et en France. On parle ici d'un succès retentissant.
Que ce soit pour la bourgeoisie ou pour les jésuites, l'emblème est devenu incontournable.
Le livre d'emblèmes associait le plaisir des yeux, la gymnastique de l'esprit et l'instruction morale.
Les jésuites ont massivement utilisé l'emblème comme outil pédagogique. Pour eux, l'image frappe l'imagination et aide à mémoriser les leçons morales ou religieuses plus efficacement qu'un long discours abstrait.

Ils ont transformé ce genre littéraire, au départ humaniste et profane, en un outil puissant de dévotion et d'éducation. La Compagnie de Jésus a publié des centaines de recueils, surpassant toute autre institution à l'époque.
Dans leurs collèges, ils éduquaient les élèves à produire des emblèmes sur des thèmes imposés.

On pourrait dire qu'il y avait une sorte de "multimédia de la Renaissance"... Un moyen de communication qui associe le symbole et le poétique, l'énigmatique et la morale, sur une base nouvelle, une forme canonique née en Italie ; inscriptio, pictura, subscriptio (le titre, l'image et le texte sous l'image).
Ce n'est pas rien de le dire. Si vous observez bien, c'est à peu près la structure de ce que l'on appelle aujourd'hui un "teaser" ou "Hero Section" en terme de design de page web.
C'est le premier bloc visuel situé en haut d'une page web, conçu pour captiver l'attention et inciter à une action immédiate. Il s'agit d'une "hiérarchie visuelle", une organisation de l'information pour une facilité de lecture, une immersion dans le narratif véhiculé et un appel à l'action ("cliquez ici").

Exemple de "Hero Section" d'une page d'accueil d'un site web.


Avec ces quelques éléments, on voit déjà se dessiner une trame.
Les religieux utilisaient les images pour édifier le peuple non instruit.
Le support visuel était l'objet d'une réflexion intense de la part des jésuites car l'enjeu était de taille : ramener les âmes à l'Eglise catholique, celle du Concile de Trente.

Il y a encore beaucoup de choses à débroussailler : pourquoi la France, qui est François de Sales et quel est son rôle dans tout ceci, sans parler d'Ignace de Loyola ?
Comment le petit livre "Le coeur de l'homme" a-t-il pu traverser le temps et continuer à avoir du succès jusqu'à aujourd'hui ?



Pour résumer :

Nous partons de la "Contre-Réforme" (ou Réforme catholique), période où l'emblème devient porteur du message et est utilisé par les jésuites pour conquérir le peuple et le ramener à l'Eglise Catholique. A cette époque, vers 1680 en Bretagne, le père jésuite Vincent Huby crée 12 tableaux, 12 images morales qui seront diffusées par la suite sous forme d'estampes, dans des reliés sous forme de "petit livre de dévotion" (livret de retraite) ou "livret de colportage".

"Miroir d'une âme qui est touchée d'attrition", de Vincent Huby,
édité par François-Gérard Jallain

L'image ci-dessus fait partie de la série de "tableaux de mission" de Vincent Huby, série destinée aux femmes lors des retraites. Cette version particulière est remarquable par son texte bilingue en français et en arménien.
Inspiré de ces "images morales" bretonnes, une version allemande gravée par Johann Salver est publiée en 1733 et arrivera, moins de cent ans après, entre les mains d'un pasteur, près de Augsburg en Allemagne, Johannes Gossner.
Il sera séduit et décidera d'adapter les illustrations et le texte. Au niveau des textes explicatifs, les aspects explicitement catholiques seront ajustés pour s'harmoniser avec une approche plus intimiste et personnelle qui était très populaire dans le piétisme allemand.
Gossner n'a pas repris les douze images de Salver dans leur intégralité. Il a choisi d'utiliser dix de ces illustrations. D'après les sources, on peut déduire que le collaborateur de Johannes Gossner, Philipp Friedrich Pöschel, se chargera d'adapter les "emblèmes" pour les protestants ; Il simplifiera le trait et adaptera le style esthétique pour le rendre plus "lisible" et moins "chargé" que le baroque du XVIIIe siècle.
Gossner publiera sa version "Das Herz des Menschen, ein Tempel Gottes oder eine Werkstätte des Satans" en 1812. Le succès sera immédiat et il y aura une traduction anglaise en 1821 sous l'intitulé "The heart of man : either a temple of God, or a habitation of Satan".

"Das Herz des Menschen ein Tempel Gottes, oder eine Werkstätte des Satans",
Johannes Gossner
, 1812

Lorsque Joseph Reinhard Gschwend arrive en Afrique du Sud, c'est la version allemande de Gossner qu'il découvre et qu'il cherche à diffuser.
En 1929, il adaptera le texte pour son époque. Il simplifiera le langage théologique de Gossner et surtout commandera de nouvelles illustrations pour remplacer les gravures européennes du XVIIIe et XIXe siècles.

Progressivement, il le traduira dans de nombreux dialectes, d'abord africains.

Et de 1935 à nos jours, c'est cette version-là qui circule, éditée comme nous l'avons vu par la All Gospel Nations Publishers, dans plus de 500 langues et dialectes, partout dans le monde.

Pour dire vrai, j'ai poussé l'enquête encore plus loin en comprenant que la France était impliquée dans cette histoire. J'aurais pu m'arrêter, mais... mais non... Je voulais comprendre ce qu'il s'est passé en France durant la Contre-Réforme et peut-être même avant...

Je ne pourrais pas tout relater ici.
Mais en cherchant les origines, j'ai découvert la "Voie du Coeur", c'est-à-dire la dévotion au Coeur Sacré de Jésus... La représentation du coeur, comme l'habitation de Christ chez le croyant, en est une expression. Le livret dont je parle ici serait donc lié à un culte du Divin Coeur... Effectivement, mes recherches m'ont amené jusqu'à Marguerite-Marie (Paray-le-Monial)... Je n'en revenais pas... Comment ce petit livre pourrait me ramener aux Visitations ?!

Marguerite-Marie

Mes recherches m'ont emmené en Bretagne, à Quimper et à Vannes où une effervescence assez extraordinaire s'est produite... quelque chose de remarquable, et qui a rayonné dans toute l'Europe...

En remontant encore, il a fallu que je m'arrête aux Pays-bas vers le milieu de l'an 1300... La guerre de cent ans est amorcée et la peste noire arrive bientôt... L'Europe ravagée mettra à peu près 150 ans à s'en remettre.

Je ne suis pas remonté plus loin dans le temps.
D'après ce que j'ai trouvé, ce petit livre aurait donc une filiation de sept siècles...

Il y aurait alors beaucoup à en dire... Parce que généralement, une temporalité de sept siècles concerne surtout les oeuvres majeures comme les traités techniques et philosophiques, les récits fondateurs et les textes sacrés ou liturgiques.

Je ne sais pas encore quelle est la teneur de ce travail que je fournis, mais je me demande pourquoi n'ai-je pas trouvé d'analyse recoupant toutes ces informations ?
Certains chercheurs ont fait un bout de chemin pour relier les points et retracer une chronologie et une cartographie de l'itinéraire de ce livre, de l'évolution des illustrations qu'il contient. Et je pense en particulier à Anne Sauvy.
Ceci dit, je n'ai pas trouvé de recherche complète, creusant en profondeur et surtout connectant entre eux les siècles d'édition et de diffusion du livret... et surtout, donnant à voir "la chaîne des savoirs", c'est-à-dire l'histoire des idées et des concepts, la filiation d'une pensée qui traverse le temps.

Dans une prochaine publication, je tenterai de creuser davantage les éléments qui sont à notre disposition... et d'être le plus clair (et concis) possible.

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No major updates on the website this March, apart from the arrival of ‘the light of spring’… and the quarterly magazine “Jay Ma”, now in its 160th issue, available as always on the official website and on Anandamayi.one.

Recently, I remembered a leaflet I’d found, a long time ago, in my letterbox… someone had left it there. I thought it came from a nearby Christian church. Its contents described different states of the human soul: the heart that seeks God or the heart that turns away from Him, the heart that persists in sin and the heart that repents and tries to change…

That leaflet had made a strong impression on me at the time (I must have been in my early twenties), because it was so crystal clear.
I don’t think I even read the explanations: it was enough to read the titles and look at the pictures to understand immediately what it was all about.

And the “subliminal” message was powerful; without saying so directly, it asked me: “Where does your heart lie, and how do you intend to put your life back in order?

Here is the general structure of this booklet:

1. The sinner’s heart
2. The awakening of conscience
3. Repentance
4. The heart purified by the blood of Jesus
5. The temple of God
6. The Christian faced with temptation
7. The divided heart (or the step back)
8. The Fullness of the Holy Spirit
9. The Death of the Righteous
10. The Death of the Sinner

It is therefore divided into 10 sections, each accompanied by an illustration.
The ten illustrations all follow the same pattern: a heart containing animals or creatures, surmounted by a head.

This monochrome image was the visual I had before my eyes when I first came across this booklet. Although many versions exist, the structure and message remain the same: these illustrations depict a human heart inhabited by various animals (a peacock for pride, a snake for deceit, and so on) which are driven out as the person turns towards God.

I remembered this booklet because it illustrated the hardening of the heart, the stubborn clinging to error, but also the purification of the heart and the return to peace of the soul.
As soon as we are no longer aligned, all sorts of disturbing emotions can resurface, the ego can re-emerge and take root...

Mâ Ânandamayî said that we must constantly cleanse the mind so that it becomes like a mirror, capable of reflecting the Self.

When the mind is overrun by worldly desires, it is in the very nature of these desires to disturb it. Turn your mind away from external things and turn it inwards.

Why do we find ourselves overwhelmed at times?
Is it simply because we have let our guard down?
But what becomes of us when it takes us a long time to realise this?
For it is only upon waking that one says: ‘Oh! I’ve fallen asleep! But for how long?
With a lack of vigilance comes a lack of discernment, and from that, ignorance, forgetfulness and slumber. It is only then that shadows are cast upon the walls of the cave.

Peter’s Heart

‍In the Christian Bible, there is a passage which, it seems to me, contains an infinite and eternal lesson.
Jesus asks Peter if he loves him.
He asks him three times: “Do you love me?” (John 21:15-17)
Before the Passion, Peter was sure of himself (“Even if all fall away, I never will!” Mark 14:29). His betrayal, when he denied Jesus three times before the cock crowed, allowed him to realise his own frailty.
When Jesus asks him three times —“Do you love me?”— after the Resurrection, Peter no longer relies on his own strength, but on the omniscience of Christ: “Lord, you know everything; you know that I love you.
Peter did not shut himself away in remorse and guilt; he opened himself to forgiveness, because he believed and loved Christ more than his own faults.
The question of the heart is crucial. It is through the heart that everything is decided; whether one loves the worldly more than the spiritual, or whether one loves God more than one’s own life... that changes one’s destiny.

Jesus did not build his Church on a heroic, flawless Peter, but on a Peter who had known his own misery and who, as a result, would be able to understand and guide other souls. That is the very foundation: Grace and Faith.

I haven’t found a better reference to this than that booklet… because it brought to life what is contained in Christ’s teachings. So I told myself I would track down that booklet; surely it must still exist somewhere.

What also struck me when I discovered it was a fascinating resemblance to something I was already familiar with… I saw a connection with the Bardo Thodol and, more generally, with Buddhist teachings.
If I succeed in my endeavour (and if you read this to the end), I shall attempt to show that the Christian world has produced what might be considered, in a certain sense, an equivalent of the Bardo Thodol

The start of the investigation

‍Before we get to the point of comparing the Christian and Buddhist approaches, we need to carry out an ‘archaeological dig’ to answer the question: where does this booklet come from, and who produced it? And why?
I’d told myself that a little research would suffice and that I’d then simply have to summarise it here, in this March 2026 publication.
But alas... I haven’t finished searching… or finding…
How could I ever have imagined what I was going to discover?
I’ve followed thread after thread of clues, and it has taken me so far back into the past… I wouldn’t even know where to begin at this stage of my research.

Let’s start here and now, then: The current edition of the booklet entitled ‘The Heart of Man’ is published by ANGP (All Nations Gospel Publishers). This organisation was founded in South Africa in 1935 and has its headquarters in Switzerland.

I could explain in detail how the ANGP was founded and why.
Without going into too much detail, it was specifically to disseminate ‘The Heart of Man that the ANGP was established. It was around this text that the association was built.

During the First World War, a Swiss soldier found God in his death cell and, once released, dedicated his life to God. Having become a pastor, Joseph Reinhard Gschwend was sent to South Africa in 1921 as a missionary for the Schweizerische Pfingstmission (Swiss Pentecostal Mission).
It was in 1929 that J.R. Gschwend revised and rewrote this classic text to adapt it specifically to the needs of evangelism in Africa. The booklet already existed, probably brought over by German or Swiss missionaries, but it was Gschwend who simplified it (by making the explanations more accessible) and widely distributed it.
This booklet initially consisted of folded sheets, printed by hand in small numbers and distributed locally in South Africa. The growing popularity of this handmade booklet, which J.R. Gschwend distributed there free of charge, prompted him to seek ways to publish it on a larger scale.
This is how he founded the ANGP in 1935.  He had a vision of evangelising the entire African continent (“all nations”)... and he realised very early on that the problem was not distance but language, including dialects.
Gschwend realised that in many African cultures of the time, teaching through images (the “heart” as a “mirror of the soul”) was far more effective than lengthy theological texts.
Before he passed away in 1988 (in South Africa), his organisation was already printing materials for India, Asia, South America and Europe.

Nowadays, one could call it a ‘bestseller’, even though the term is somewhat misleading, as this booklet is not sold but distributed and given away. The numbers distributed are very high, particularly in India (in proportion to the population) and in Latin America, where there is a spiritual ‘revival’. Thousands of Indian pastors and evangelists collaborate with the ANGP and order these booklets in bulk for their field missions.

It is not thick, the illustrations are not works of art, far from it—that is not the aim at all—and yet its message continues to spread in an extraordinary way... leading to numerous conversions to Christianity... decade after decade... and that is the least one can say...

For with all this, I have not yet said anything.

We are dealing with a phenomenon... and I choose my words carefully. Even I, who am only just beginning to grasp the scale of it all, can hardly believe it...

When you read the preface to the booklet — although this depends on the version you have in your hands — you will normally find that this book is not an original and that the work is inspired by an earlier version... dating from 1821... 1813...
The matter remains unclear... sometimes you have the author’s name: Johannes Gossner, a German theologian and pastor. Gossner did indeed publish a revised German version of the text in 1812 (with the 10 iconic illustrations)... but he is not the author. So we go back a little further: we look at the preface to Johannes Gossner’s version, in which he mentions that he based his work on an earlier version from 1732... or 1733... entitled “Geistlicher Seelen-Spiegel” (“Spiritual Mirror of the Soul”)
In this edition, published in Würzburg by Philipp Wilhelm Fuckert, there are not 10 plates, but 12 (engravings by Johann Salver).
And you know what? In fact, this 1733 edition is still not the original; it is a German translation of a French version... The preface to the work *Geistlicher Seelen-Spiegel* refers to a French model, which “can no longer be identified, however.
However, subsequent work by Anne Sauvy (in ‘Le Miroir du cœur’, 1989) has established that this source is most likely ‘Miroir de l'âme’, which contains the ‘Images morales’ created by Father Vincent Huby in Brittany between 1675 and 1682... by the engraver Pierre Gallays for the first large-format prints (in 1682) and later by François-Gérard Jollain. (a series intended for women, in 1697)
Mention is also made of a work published in 1675 entitled “Les images morales et leur explication” by Huby, which may well also be the source that inspired the 1733 German translation “Geistlicher Seelen-Spiegel”.
The twelve illustrations were prints and were subsequently compiled into collections of twelve “moral images with their explanations", illustrated pamphlets for street vending.

I won’t go into all the details here (it would take too long); I’ll just give you a brief overview.


I had to do quite a bit of research just to piece together the chronology of events… cross-checking sources to make sure I wasn’t mistaken.

But we are indeed in France… before the year 1700…

Sacred Baroque &
‍The Aesthetics of Persuasion

We are in an era in which Protestantism has become so firmly established that the Catholic world is attempting to recover and win back people’s hearts. This is the era known as the ‘Counter-Reformation’ *.

The Counter-Reformation (or Catholic Reformation) was the Catholic Church’s response to the rise of Protestantism in the 16th century. Initiated by the Council of Trent (1545–1563), it aimed to reaffirm Catholic dogmas, reform the institution from within, halt the spread of Protestantism and win back souls, notably through the Jesuits and Baroque art.

This was a period when the Jesuits were highly active and displayed incredible energy in spreading the message of Christ and bringing people back to Catholicism.

To fully grasp the spirit of the age (in this context), one must, of course, focus on Saint Ignatius of Loyola (founder of the Jesuit Order) and on the pivotal figure of the mystic François de Sales.

But we should also mention the role played by images in the literature of the time and in the religious sphere. How had imagery developed to enable uneducated and illiterate people to receive instruction? Few people could read back then. It is even said that church stained-glass windows were in fact ‘the Bible of the poor’… a way of conveying a message visually.
Furthermore, from the 15th or 16th century up to the 18th century, what are known as ‘books of emblems’ became remarkably popular.

One might say they are “illustrated books”; in any case, they are either secular or religious.
They are characterised by a consistently tripartite structure: 1) a title; 2) an enigmatic image (emblem, icon, symbol, allegory); 3) a short poem that complements and brings the image to life, deciphering its meaning.

Books of emblems became widely popular, first in Italy, then in the Netherlands, Germany, Belgium and France. This was a resounding success.
Whether for the bourgeoisie or the Jesuits, the emblem became indispensable.
The book of emblems combined visual pleasure, mental exercise and moral instruction.
The Jesuits made extensive use of the emblem as a teaching tool. For them, images capture the imagination and help to memorise moral or religious lessons more effectively than a long abstract discourse.

They transformed this literary genre, originally humanist and secular, into a powerful tool for devotion and education. The Society of Jesus published hundreds of collections, surpassing any other institution of the time.
In their colleges, they taught pupils to produce emblems on set themes.
One might say there was a sort of ‘Renaissance multimedia’... A form of communication that combines symbolism and poetry, the enigmatic and the moral, on a new basis: a canonical form that originated in Italy; inscriptio, pictura, subscriptio (the title, the image and the text beneath the image).
That is no small thing to say. If you look closely, it is roughly the structure of what we now call a “teaser” or “Hero Section” in web design. It is the first visual block at the top of a web page, designed to capture attention and prompt immediate action. It involves a “visual hierarchy”, an organisation of information for ease of reading, immersion in the narrative being conveyed, and a call to action (“click here”).

With these few points, a pattern is already beginning to emerge.
Religious figures used images to edify the uneducated masses.
The Jesuits gave a great deal of thought to this visual medium, for the stakes were high: to bring souls back to the Catholic Church, the Church of the Council of Trent.

There is still much to unpick: why France, who is François de Sales and what is his role in all this, not to mention Ignatius of Loyola? How has the little book *The Heart of Man* managed to stand the test of time and remain popular to this day?



To summarise:

‍We begin with the ‘Counter-Reformation’ (or Catholic Reformation), a period in which the emblem became a vehicle for the message and was used by the Jesuits to win over the people and bring them back to the Catholic Church.
At that time, around 1680 in Brittany, the Jesuit priest Vincent Huby created 12 paintings, 12 moral images which were subsequently distributed as prints, in bound volumes in the form of “small devotional books” (retreat booklets) or “pamphlets for distribution”.

The image above is part of Vincent Huby’s series of “tableaux de mission”, a series intended for women during retreats. This particular version is notable for its bilingual text in French and Armenian.

Inspired by these Breton “moral images”, a German version engraved by Johann Salver was published in 1733 and, less than a century later, came into the hands of a pastor near Augsburg in Germany, Johannes Gossner.

He was won over and decided to adapt the illustrations and text. As for the explanatory texts, the explicitly Catholic elements were adjusted to fit with a more intimate and personal approach that was very popular within German Pietism.

Gossner did not reproduce all twelve of Salver’s images in their entirety. He chose to use ten of these illustrations. From the sources, we can deduce that Johannes Gossner’s collaborator, Philipp Friedrich Pöschel, took on the task of adapting the ‘emblems’ for Protestants; he simplified the lines and adapted the aesthetic style to make it more ‘readable’ and less ‘overloaded’ than the 18th-century Baroque style.

Gossner published his version, *Das Herz des Menschen, ein Tempel Gottes oder eine Werkstatt des Satans*, in 1812. It was an immediate success, and an English translation followed in 1821 under the title *The Heart of Man: Either a Temple of God, or a Habitation of Satan*.

When Joseph Reinhard Gschwend arrived in South Africa, it was Gossner’s German version that he discovered and sought to disseminate. In 1929, he adapted the text to suit his own era. He simplified Gossner’s theological language and, above all, commissioned new illustrations to replace the 18th- and 19th-century European engravings.

Gradually, he translated it into numerous dialects, initially African ones.

And from 1935 to the present day, it is this version that has been in circulation, published, as we have seen, by All Gospel Nations Publishers, in over 500 languages and dialects, all over the world.

To tell the truth, I took my investigation even further when I realised that France was involved in this story. I could have stopped there, but... but no... I wanted to understand what happened in France during the Counter-Reformation and perhaps even before...

I couldn’t possibly recount everything here. But whilst searching for the origins, I discovered the ‘Way of the Heart’, that is to say, devotion to the Sacred Heart of Jesus… The representation of the heart as the dwelling place of Christ within the believer is one expression of this. The booklet I’m referring to here would therefore be linked to a devotion to the Sacred Heart…
Indeed, my research led me all the way to Marguerite-Marie (Paray-le-Monial)... I couldn’t believe it... How could this little book lead me back to the apparitions?!

My research took me to Brittany, to Quimper and Vannes, where something quite extraordinary was taking place... something remarkable, which had an impact throughout Europe...

Going back even further, I had to stop off in the Netherlands around the middle of the 14th century... The Hundred Years’ War had begun and the Black Death was soon to arrive… It would take ravaged Europe some 150 years to recover.

I did not go any further back in time.
From what I have found, this little book would therefore have a lineage spanning seven centuries…

There would then be much to say about it... Because generally speaking, a span of seven centuries tends to apply mainly to major works such as technical and philosophical treatises, foundational narratives, and sacred or liturgical texts.

I don’t yet know what the scope of this work I’m undertaking is, but I wonder why I haven’t come across an analysis that brings all this information together?
Some researchers have gone some way towards connecting the dots and piecing together a chronology and a map of this book’s journey, and of the evolution of the illustrations it contains. And I am thinking in particular of Anne Sauvy.
That said, I have not found any comprehensive research that delves deeply into the subject and, above all, connects the centuries of the booklet’s publication and circulation… and, most importantly, reveals ‘the chain of knowledge’, that is to say, the history of ideas and concepts, the lineage of a line of thought that spans time.

In a forthcoming publication, I shall attempt to explore the available evidence in greater depth... and to be as clear (and concise) as possible.