Miroir de l'âme

29

April 2026
Wednesday
23:36
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Le site Anandamayi.one a apparemment atteint un certain cap puisque Google nous l'a notifié en ce mois d'avril.
D'autres sites (notamment portail-mystique.fr et wikiwand) commencent à nous relayer comme source valable, ce qui donne un "topic authority", une autorité thématique. Des termes qui signifient simplement que, depuis que le site existe, Google considère désormais qu'il est une source de référence sur Anandamayi Ma ; ce n'est plus un "site personnel" mais un "site spécialisé pertinent" pour le monde francophone.
En bref, Google a désormais assez de preuves de notre crédibilité pour nous envoyer un volume de trafic régulier et mesurable.

En terme de nombre d'utilisateurs qui visitent ce site, il y a une croissance constante avec des pics de régression. Globalement nous tournons entre 300 et 500 clics par mois, ce qui est un bon score pour ce site : qui n'est pas commercial et qui n'a qu'un seul sujet, et de type "biographique", qui plus est.

Cela veut dire aussi que ce sont les visiteurs qui font vivre ce site, en terme de visibilité.
C'est vous qui faites en sorte que Mâ Ânandamayî soit visible sur internet par l'intermédiaire de ce site.

Je pense que ça valait le coup de le souligner...

Neuf portraits de trouvés sur le net ont été rajoutés dans la section dédiée au créations, dont voici quelques exemples :

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Les vagues mystiques

Je vais poursuivre ici le Coeur de l'Homme mais cette fois sur le plan des idées. Et sur ce plan, ne peut-on pas affirmer que la question du "Coeur" est au coeur de l'humanité... ?
J'ai beaucoup pensé à Jad Hatem ce mois-ci. On dit que lorsqu'on cherche l'Absolu, on finit par atteindre des crêtes où d'autres chercheurs sont passés... c'est mathématique, je suppose.

"Par Joinville s’est transmise la légende d’une vielle dame aperçue à Acre (au XIIIe siècle) traversant la rue “portant à la main droite une écuelle pleine de feu, et à la gauche une fiole remplie d’eau”.
Interrogée sur ce qu’elle comptait en faire, elle répondit : avec le feu brûler le paradis, avec l’eau éteindre l’enfer, afin qu’on ne fasse pas le bien pour avoir récompense de l’un ou par peur de l’autre, “mais seulement pour avoir l’amour de Dieu qui vaut tant et qui peut faire tout le bien possible”.
Episode qui eut un grand retentissement en mystique chrétienne. L’évêque Jean-Pierre Camus, le disciple de saint François de Sales, allait reprendre au XVIIe siècle la figure de la Vieille femme pour en faire l’emblème de son livre la Caritée.

(...) "Bien que la chronologie interdise de supposer que la dame ait pu être Râbi’a en personne, est admissible que sa légende ait pu lui survivre dans une saisissante dramatisation et par là porter son influence jusqu’en terre chrétienne (…)”

Jad Hatem, "Les trois Saintes, Rabi'a al-Adawiyya, Marie des Vallées, Mâ Ânanda Moyî", Ed. Saër Al Mashrek, 2021.


Jad Hatem
nous montre ici comment la figure légendaire de Râbi'a (713-801) a pénétrée les territoires chrétiens de l’époque, vers 1300 à peu près, selon les écrits de Jean de Joinville (1224-1317).
Je me suis souvenu du livre de Jad Hatem (Les Trois Saintes) lorsque, dans ma quête à propos du Coeur de l’Homme, je suis tombé sur la figure extraordinaire de Râbi’a al-'Adawiyya…  Lorsque vous cherchez les traces de l’Amour Pur et désintéressé, vous remontez jusqu’à elle assez rapidement.
Il faut souligner, et même à plusieurs reprises, que la mystique soufie s’est propagée de Bassora (Irak) à l’Espagne jusqu’en France, puis au nord dans la Belgique actuelle, les Flandres, les Pays-Bas, la région du Rhin… D’une écuelle pleine de feu et d’une fiole remplit d’eau, “la mère du soufisme” a fait trembler la terre chrétienne... qui suffoquait sous l'ombre de la punition divine.
Les écrits complexes de Ibn Arabi (1165-1240) ne sont par parvenus aux peuples du nord aussi vite que la figure légendaire de Râbi’a… Et je dirais, en faisant une ellipse ambitieuse, qu’elle a joué un rôle de premier ordre dans le sauvetage de l’esprit chrétien de ce Moyen Âge vacillant.
Disons le clairement, il y a eu une sorte de "mort imminente" du monde chrétien à un moment donné, entre 1300 et 1400... Tout aurait pu s'effondrer. Et quelque part, tout s'est effondré effectivement... mais en même temps, les choses se sont recomposées et la vie a repris le dessus... Ceci dit, la chrétienté fut à jamais changée.
Le livret "Le Coeur de l'Homme" nous parvient de ce gouffre-là, comme témoignage persistant d'une mort et d'une résurgence de l'Eglise Chrétienne.
Je ne suis pas sûr que cela intéresse tout le monde, mais je compte bien détailler tout ceci, point par point, siècle par siècle, dans des publications ultérieures, en dehors de cette partie "blog" du site. Pour l'instant, je vais rester très "généraliste" pour pouvoir développer davantage ce sujet.

En quoi je peux dire que Râbi'a a sauvé le monde chrétien, d'une certaine façon ?
L'obscurité s'étant abattue — et tout recours extérieur s'étant évanoui —, il ne restait plus, pour seule issue, que de trouver refuge en soi-même. Quand s'éveille un chercheur, accourt une réponse. Et la libération intérieure de Râbi'a est alors parvenue à ces coeurs assoiffés d'Amour Pur... On examinera par qui et comment à un autre moment, mais il s'agit de ce qu'on nommera plus tard la Mystique Rhénane.

On peut dire que l’âme chrétienne a connu trois vagues mystiques exceptionnelles dans son histoire…
- Une vague d’intériorité, vers le 13e siècle ; on cherche Dieu au plus profond de l’âme, dans un retour vers soi plutôt radical ; un désir intense de relation immédiate, sans intermédiaire, seul face à Dieu. Il faut se détacher de tout pour être un lieu d'accueil pour le divin... dans un "amour fou" sans peur et sans attente, à l'exclusion de tout autre chose ou personne.
- Une vague de simplicité, vers le 15e siècle ; on cherche à imiter le Christ dans la vie quotidienne, on adapte les modes de vie à cette pratique… On cherche la sainteté dans les tâches ordinaires. On médite quotidiennement et on cherche à "ressentir" Christ beaucoup plus qu'à comprendre. Une mystique de l'effacement et de l'humilité accessible à tous, tout le temps.
- Une vague d’effervescence inégalée, vers le 16e siècle ; la mystique atteint une précision psychologique et poétique encore jamais vue. La dévotion pure sort des couvents pour descendre dans les salons et les rues. Le spirituel n'est plus seulement réservé aux moines, tout le monde peut y prendre part (dans un certain encadrement). C'est comme une invasion mystique extraordinaire qui a littéralement transformée la France, puis l’Europe.

Râbi’a, par sa légende, à réveiller un sentiment qui était déjà en gestation dans les régions du nord, vers 1200, lors de la "première vague". Elle a permis une sorte de libération explosive : vous n’avez besoin ni du paradis ni de l’enfer pour aimer Dieu… Ni peur des châtiments, ni recherche des récompenses ; abandonnez-vous à Lui pour ce qu’Il est :

Je T’aime de deux amours :
l’amour de passion
et un amour dont Tu es digne.

Quant à
l’amour de passion,
c’est que je ne suis occupée
qu’à te mentionner,
à l’exclusion de tout autre.

Et quant à
l’amour dont Tu es digne,
c’est que tu enlèves le voile
afin que je Te vois.

Nulle louange pour moi en l’un et l’autre
mais en l’un et l’autre louange à Toi !
Râbi’a al-'Adawiyya


“Loin d’être réprouvée par Dieu, la passion purifie l’amour en tant qu’elle exclut de son rayonnement tout ce qui n’est pas l’Aimé divin, personnes et choses.
(…) la Sainte ne dit pas : je Te veux pour moi seule, elle dit je me veux pour Toi seul.
(…) “l’amour du Seigneur Très haut remplit tellement mon coeur qu’il ne reste de place ni pour l’amitié ni pour l’inimitié envers n’importe quel autre.

Le deuxième amour ne présente pas de difficulté si l’on comprend la vision de Dieu comme un effet de l’amour. L’amour comporte le désir (propre aux mystiques) de voir l’aimé, de se reposer en sa présence, quitte à oublier le monde puisque la béatitude est recherchée propter se (pour soi), non propter aliud (pour autrui).
(…) Au lieu de la relation causale : l’amour provoque le dévoilement, une identité : l’amour consiste dans le dévoilement.”

(ibid.)


L’amour est déjà vision, écrit Jad Hatem

Je vais encore faire une ellipse mais… le livret “le Coeur de l’Homme” est issu de cette perspective, de cette possibilité pour l’âme d’être le reflet de l’Aimé.
Il y a, on le voit, la notion de miroir, de coeur, de vision et d’identité… C’est par la Lumière de Vérité que mon âme reflète l’Amour divin… et le miroir reçoit la Lumière, et le reflet ne ment pas.

Faisons un saut dans le temps...
car tout cela était déjà présent chez Plotin (205-270), bien avant Râbi’a :

"Pour concevoir Dieu,
il faut que l'âme, se détachant des objets extérieurs,
rentre en elle-même et examine sa propre nature;
par là, elle voit qu'ayant une étroite affinité avec les choses divines,
elle peut et elle doit chercher à les connaître."

"Il faut donc nous hâter de sortir d'ici-bas, nous détacher autant que nous le pouvons du corps auquel nous avons le chagrin d'être encore enchaînés, faire nos efforts pour embrasser Dieu par tout notre être, sans laisser en nous aucune partie qui ne soit pas en contact avec Lui.

Alors, l'âme peut voir Dieu
et se voir elle-même,
autant que le comporte sa nature ;
elle se voit brillante de clarté,
remplie de la lumière intelligible,
ou plutôt elle se voit comme une lumière pure,
subtile, légère ; elle devient Dieu,
ou plutôt elle est Dieu.

Dans cet état, l'âme est donc comme un feu resplendissant.
Si elle retombe ensuite dans le monde sensible, elle est plongée dans l'obscurité."

"Voyons-le comme un avec nous mêmes ;
voyons-le comme étant nous-mêmes."
Plotin


On remarquera au passage la correspondance avec देवो भूत्वा देवं यजेत् ("Devo bhutva devam yajet") : « Devenu Dieu, on doit adorer Dieu » ou « Seul celui qui est devenu divin peut honorer le Divin »

Shivo bhutva Shivam yajet

Pour adorer véritablement Dieu (le Divin/Ishta-devata), le dévot doit d'abord purifier son esprit et réaliser sa propre nature divine (Atman). Il s'agit de s'identifier à la divinité pour l'adorer, plutôt que de se considérer comme un être séparé et inférieur. Cela suggère que le divin n'est pas une entité extérieure lointaine, mais une réalité que l'on découvre en devenant soi-même cette essence.
En d'autres termes encore, c'est l'idée que pour percevoir la Lumière, il faut soi-même devenir lumière. L'adorateur ne peut pas rester séparé de l'objet de son adoration ; il doit élever sa propre conscience pour pouvoir entrer en contact avec Lui.

On se souviendra que Mâ Ânandamayî disait qu'il n'y a pas de différence entre l'observation, la chose observée et l'observateur.

Qu'est-ce que signifie la perception directe du Soi, l'Atma darshan?
L'observateur, ce qui est observé et l'acte d'observation, quand ces trois (triputi) font un, on réalise Brahman.
Mâ Ânandamayî

Quelques pistes étranges

La dévotion au coeur de Jésus… les saintes chrétiennes du Moyen Âge n’ont-elles pas été emportées par la Bhakti ? (Les femmes ont porté cette effervescence mais il y a eu des figures masculines incontournables aussi.)
La Bhakti n’a-t-elle pas pris la route de l’encens, quittant l’Inde pour gagner les pays arabes, puis la Méditerranée ?

On sait par exemple que Plotin aurait séjourner temporairement à Alexandrie où il aurait certainement rencontré des Bouddhistes, des “Brahmanes” des “Gymnosophistes” (des sadhu)…
Les Soufis auraient donc emportés avec eux la Bhakti par l’intermédiaire de Plotin (les premières traduction en arabe de ses écrits philosophiques sont produite à Bayt al-Hikma, à Bagdad), l’ayant absorbé ils l’auraient insufflé aux philosophes Andalous (Ibn Arabi notamment) puis aux habitants du Rhin… dans une sorte de capillarité qui ne connaît ni les époques ni les frontières…

Pourquoi le Rhin ? Ce serait long à expliciter… mais allons directement aux textes :

"Vertus, je prends congé de vous à jamais,
J’en aurai le coeur plus franc et plus gai ;
Votre service est trop coûteux, je le sais bien.
Je mis un temps mon coeur en vous sans relâche ;
Vous le savez, j’étais entièrement abandonnée à vous ;
J’étais donc votre serve ; à présent je suis délivrée.
En vous j’avais mis tout mon coeur, je le sais bien,
De quoi je vécus en attendant, à juste titre.
J’ai souffert plus d’un rude tourment, j’ai enduré mainte peine ;
C’est merveille que j’aie pu m’en échapper vive."

Marguerite Porete (1250-1310), comme Râbi’a, s’est détournée des normes sociales et même de la morale… Leur Amour exclusif pour Dieu ne permettant aucun compromis. Des carcans mondains, elle s’en est échappée vive… pour connaître une liberté nouvelle dans le Pur Amour.

"C’est vrai que cette âme a pris congé des Vertus
quant à leur exercice et quant au désir de ce qu’elles demandent ;
mais les Vertus n’ont pas pris congé d’elle,
car elles sont toujours avec elle,
et cela, en lui obéissant parfaitement.
Et selon cette façon de comprendre,
cette âme prend congé d’elles,
et cependant elles sont toujours avec elle."

Marguerite Porete (1250-1310)

[Ces âmes sont en la juste liberté de Pur Amour]
lorsqu’elles n’ont aucun désir, ni sentir d’aucune façon,
ni la moindre affection d’esprit en aucun moment
(…)Les personnes qui vivent cela sont en une plénitude telle,
qu’elles ont le soleil divin au-dedans d’elles, sans mendier au-dehors,
et par là elles peuvent garder la pureté du cœur
(…)Ces âmes sont seules en toutes choses et communes en toutes choses,
car elles ne perdent pas la liberté de leur état, quelque chose qui leur advienne.

En effet, tout comme le soleil reçoit la clarté de Dieu
et luit sur toutes choses sans en contracter aucune impureté,
de même ces âmes reçoivent-elles leur état de Dieu et en Dieu,
sans en contracter d’impureté,
quelque chose qu’elles voient ou entendent hors d’elles-mêmes. »

Marguerite Porete, "Le Miroir des simples âmes anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d'amour", vers 1290.


Pour Marguerite Porete, une "âme simple" est une âme qui a renoncé à sa propre volonté. Elle ne se regarde plus elle-même ; elle est devenue un miroir anéanti qui n'a plus d'existence propre et laisse passer la lumière divine sans obstacle.

« Cette âme est si brûlante
en la fournaise du feu d'amour,
qu'elle est devenue feu,
à proprement parler,
si bien qu'elle ne sent pas le feu,
puisqu'elle est feu en elle-même
par la force d'Amour qui l'a transformée... »
Marguerite Porete (ibid.)


On voit une même direction sans qu'on puisse attester historiquement qu'il y aurait eu une influence... Mais il y a de fortes chances que, dans une époque difficile, on fasse circuler rapidement des textes libérateurs, des "légendes" quasi subversives (aux yeux de l'Eglise) comme celle de Râbi'a ...  Ces femmes avaient en commun "le geste de l'excès dans l'amour de Dieu et des humains", comme l'écrit Jad Hatem.

L'Amour est insurrection.

Pour une certaine "piété peureuse", le dogme n'est pas réellement un chemin vers Dieu, mais une clôture de sécurité. Quiconque saute la barrière (comme les mystiques) est perçu comme un danger pour l'ordre établi. Ils tirent pour eux-mêmes une satisfaction morale de leur obéissance stricte et se sentent insultés par ceux qui prétendent accéder à Dieu sans passer par les « intermédiaires » habituels.
Il y a toujours eu une sorte de confrontation entre "Sainte Eglise la Petite" (l'institution, régit par la raison, les prêtres, les sacrements) et "Sainte Eglise la Grande" (les âmes libérées et leur union mystique directe, ces mystiques qui ont été en contact d'amour avec l’Eternité divine de Dieu)...
Le Christ est cette Cathédrale lumineuse de "la Grande Eglise" :

« Le vent souffle où il veut, tu en entends le bruit,
mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va.
Il en est ainsi pour quiconque est né de l’Esprit.
(Jean 3:8)

La structure et le bigot ont peur du vent ; ils préfèrent le confort d'un dogme clos à l'imprévisibilité de l'Esprit qui anime les mystiques.
Il faut rajouter que cette cathédrale raisonnable et solide s'est fondée, pour articuler la foi chrétienne, sur Platon et Aristote. Et, comme une tectogenèse, dans une sorte de réticularité, cette autre Cathédrale des âmes simples et simplifiées s'est profondément alimentée, quant à elle, dans la philosophie de Plotin.

Après la condamnation de Marguerite Porete pour hérésie et sa mort en martyre, son livre a circulé de façon clandestine, traversant les frontières, puis recopié et traduit sous anonymat (car interdit). Elle aussi, à sa manière, fut porteuse d'insurrection lumineuse, de "Libre-Esprit"... Son livre a continué à circuler pendant des siècles (parfois attribué à d'autres auteurs masculins) avant que son identité ne soit formellement rétablie par l'historienne Romana Guarnieri en 1946.
Son livre exercera une profonde influence sur la spiritualité du Moyen Âge, notamment sur Maître Eckhart (1260-1328), un des plus grands mystiques chrétiens de l’histoire. Il affirme que l'homme doit vivre et agir "sans pourquoi" (sunder warumbe). Comme la rose qui fleurit "parce qu'elle fleurit", l'âme doit s'unir à Dieu sans motif, sans profit, sans même chercher la sainteté.
Ce n'est pas l'envie qui me manque, mais je ne vais pas développer ici sa pensée :

“L’homme doit devenir libre de toutes les choses créées, de Dieu lui-même, pour retourner à Dieu.”

"Il y a dans l'âme une puissance qui n'est liée ni au temps, ni à la chair... Dans cette puissance, Dieu se trouve totalement."

"L'œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit. Mon œil et l'œil de Dieu, c'est un seul œil, une seule vision, une seule connaissance et un seul amour."
Maître Eckhart


Je me suis arrêté sur Marguerite Porete, mais à son époque il y eut d'autre femmes comme Hadewijch d'Anvers (1220-1260) ou Mechthild de Magdebourg (1207-1283) qui parlaient déjà du "fond de l'âme" et de la nécessité de devenir "rien" pour être envahie par Dieu.
Il faudrait brosser un tableau général de cette effervescence et, à n'en pas douter, cela nous donnerait une certaine forme de vertige...
L'âme chrétienne, comme une enfant qui s'éveille, s'évaporait par amour, par dévotion sans limites aucunes... un peu partout au même moment...  un Printemps Magistral...


Pourquoi je dis que ce sont des "pistes étranges" ?
A mon étonnement, cette investigation s’est répandue comme une tâche d’huile, autant sur la terre (géographie) que dans le temps (à travers les époques)… ?
Si je m’étais contenté d’analyser les images issues du livret "Le Coeur de l'Homme" et de les comparer avec d’autres éditions de l’ouvrage, mon enquête aurait été circonscrite.
C’est d'ailleurs le travail formidable d’Anne Saucy, qui est remarquable et nous a été d’une grande utilité.
Mais j’ai dû me rendre compte qu’une idée n’a pas seulement une histoire, elle a une cartographie… si bien qu’on ne devrait pas seulement envisager les choses d’un point de vue culturel, religieux et géopolitique, mais aussi d’un point de vue d’une “généalogie des idées” et même d’une géonoétique… terme impropre mais qui pourrait rendre la notion de “contamination des idées par les voies terrestres”… si une idée se déterritorialise et se transporte sur une route... ou plutôt si elle se fait rhizome cristallin à travers ses hôtes...
Les mondes humains n'ont jamais été des blocs étanches, des isolats. Ce sont davantage des réseaux d'échanges, de matières mais aussi d'idées. Des organes imbriqués et des électrons libres qui circulent, tracent des sillons, construisent des villes-commerces, des villes-savoirs...

Voilà pourquoi c'est étrange ; je veux bien utiliser le terme bhakti pour parler de la dévotion pure chrétienne du Moyen Âge... comme si la Bhakti avait pris les routes et s'était infiltrée dans les métabolismes noétiques et ontologiques...
Mais ce serait juste une partie de la réalité, une vision du flux, quasi logistique.
Il faut certainement y voir aussi que l'esprit chrétien fut sauvé de l'abîme à bien des reprises, comme nous avons essayé de le dire. Et partant de là, j'ai dû admettre que le sauvetage fut beaucoup plus massif et omniprésent, pas seulement pour les Chrétiens mais pour tous les croyants du monde, à toutes les époques... C'est un vrai mystère et un vrai miracle !
En étudiant bien la question, nous voyons que la bhakti est venue pour délivrer les âmes quand le dogme, "l'Ordre Etabli" ou "le paradigme dominant" s'est fait trop écrasant... que ce soit en Inde (à partir du 7e puis du 15e siècle) dans le monde Musulman par le soufisme (au 11e et 13e siècle) ou chez les Chrétiens (au 12e, puis 15e et 17e siècle) ou ailleurs... l'Hassidisme d'Europe de l'Est (au 18e siècle) et les Spirituals en Amérique (au 19e siècle)...

Cette hypothèse s'est imposée à travers les éléments trouvés ici et là... La perspective est fascinante et nous indiquerait que l'homme n'est jamais "un projet jeté" au gré d'un hasard mathématique ou cosmique...
La Mère resplendit à travers les siècles, les cultures, les spiritualités et les âmes... toujours le même Visage, bien qu'il soit Mille-Visages, il est toujours Un.

Sitatapatra : Chaque paume de ses mains et chaque plante de ses pieds possède un œil, symbolisant sa capacité à surveiller et protéger l'humanité entière simultanément. Son nom signifie "Ombrelle Blanche". Elle tient cet attribut pour symboliser la protection qu'elle offre contre les maladies, les catastrophes et les forces négatives.


"Le chemin de la dévotion (bhakti) instauré par la Bhagavad-Gîtâ se justifie par la personnalisation de l'absolu. Au lieu de l'immuable supra-temporel sourd et muet, un dieu qui dit "Je", est identifié au temps, s'incarne et établit avec l'homme commerce d'amitié. Or même si multiples les buts et les façons de la dévotion, son ultime visée est l'union à Vishnou par-delà ou moyennant Krishna, son avatar." (Jad Hatem, ibid.)

"Que l'on choisisse le chemin de la dévotion,
où le "Je" se perd dans le "Toi"
ou le chemin de la quête du Soi, du vrai "Je",
c'est Lui seul que l'on trouve
aussi bien dans le "Toi" que dans le "Je"

"Dieu est mon propre Soi
identique à moi-même
Mon Soi le plus intime."
Mâ Ânandamayî "l'Enseignement de Mâ Ânanda Moyî"









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The Anandamayi.one website has apparently reached a certain milestone, as Google notified us this April.

Other websites (notably portail-mystique.fr and wikiwand) are beginning to cite us as a valid source, which confers ‘topic authority’. These terms simply mean that, since the site has been in existence, Google now considers it to be a reference source on Anandamayi Ma; it is no longer a “personal site” but a “relevant specialist site” for the French-speaking world.

In short, Google now has sufficient evidence of our credibility to send us a regular and measurable volume of traffic.

In terms of the number of users visiting this site, there is steady growth with occasional dips. Overall, we average between 300 and 500 clicks per month, which is a good figure for this site: it is non-commercial, focuses on a single subject, and is of a “biographical” nature, to boot.

This also means that it is the visitors who keep this site alive, in terms of visibility.
It is you who ensure that Mâ Ânandamayî is visible on the internet through this site.

I thought it was worth pointing that out...

Nine portraits of found online have been added to the ‘Creations’ section; here are a few examples

Mystical Waves

I shall continue here with "The Heart of Man", but this time on the level of ideas. And on this level, might we not say that the question of the ‘Heart’ lies at the very heart of humanity…?

I have thought a great deal about Jad Hatem this month. They say that when one seeks the Absolute, one eventually reaches peaks where other seekers have passed... it’s mathematical, I suppose.

"Through Joinville came the legend of an old lady seen in Acre (in the 13th century) crossing the street ‘carrying in her right hand a bowl full of fire, and in her left a vial filled with water’.

When asked what she intended to do with them, she replied: with the fire to burn paradise, with the water to extinguish hell, so that one might not do good to receive reward from the one or out of fear of the other, ‘but only to have the love of God, which is worth so much and which can do all the good possible’.

This episode had a profound impact on Christian mysticism. Bishop Jean-Pierre Camus, a disciple of Saint Francis de Sales, would later, in the 17th century, take up the figure of the Old Woman to make her the emblem of his book *La Caritée*.

(...) “Although the chronology precludes the possibility that the lady could have been Râbi’a herself, it is plausible that her legend may have survived her in a striking dramatisation and thereby extended her influence into Christian lands (…)”

Jad Hatem, "The Three Saints: Rabi'a al-Adawiyya, Mary of the Valleys, Mâ Ânanda Moyî", Saër Al Mashrek, 2021.

Here, Jad Hatem shows us how the legendary figure of Râbi'a (713–801) made her way into the Christian territories of the time, around 1300, according to the writings of Jean de Joinville (1224–1317).

I was reminded of Jad Hatem’s book (The Three Saints) when, in my quest concerning the Heart of Man, I came across the extraordinary figure of Râbi’a al-'Adawiyya…  When you seek the traces of Pure and selfless Love, you trace it back to her quite quickly.

It must be emphasised, and indeed repeatedly, that Sufi mysticism spread from Basra (Iraq) to Spain and on to France, then northwards into what is now Belgium, Flanders, the Netherlands and the Rhine region… With a bowl full of fire and a flask filled with water, “the mother of Sufism” shook the Christian world… which was suffocating under the shadow of divine punishment.

The complex writings of Ibn Arabi (1165–1240) did not reach the peoples of the north as quickly as the legendary figure of Râbi’a… And I would say, taking a bold leap, that she played a leading role in saving the Christian spirit of that faltering Middle Ages.

Let us be clear: there was a sort of “near-death experience” for the Christian world at a certain point, between 1300 and 1400… Everything could have collapsed. And in a sense, everything did collapse… but at the same time, things were rebuilt and life regained the upper hand… That said, Christianity was changed forever.

The booklet “The Heart of Man” comes to us from that very abyss, as a lasting testimony to the death and resurgence of the Christian Church.

I’m not sure this will interest everyone, but I fully intend to go into all this in detail, point by point, century by century, in future publications, outside this “blog” section of the site. For now, I’ll keep things very “general” so that I can explore this subject further.

In what sense can I say that Râbi'a saved the Christian world, in a way?

With darkness having fallen—and all external recourse having vanished—the only way out was to take refuge within oneself. When a seeker awakens, an answer comes running. And Râbi'a’s inner liberation then reached those hearts thirsting for Pure Love... We shall examine by whom and how at another time, but this is what would later be called Rhineland Mysticism.

It could be said that the Christian soul has experienced three exceptional mystical waves throughout its history…

- A wave of interiority, around the 13th century; God is sought in the depths of the soul, in a rather radical return to the self; an intense desire for an immediate relationship, without an intermediary, alone before God. One must detach oneself from everything to become a place of welcome for the divine... in a ‘mad love’ without fear or expectation, to the exclusion of anything or anyone else.

- A wave of simplicity, around the 15th century; people sought to imitate Christ in daily life, adapting their lifestyles to this practice… They sought holiness in ordinary tasks. They meditated daily and sought to ‘feel’ Christ far more than to understand him. A mysticism of self-effacement and humility accessible to all, at all times.

- A wave of unparalleled effervescence, around the 16th century; mysticism attained a psychological and poetic precision never seen before. Pure devotion emerged from the convents to spread into salons and the streets. The spiritual was no longer reserved solely for monks; everyone could take part (within certain boundaries). It was like an extraordinary mystical invasion that literally transformed France, and then Europe.

Râbi’a, through her legend, reawakened a sentiment that had already been taking shape in the northern regions around 1200, during the ‘first wave’. She brought about a kind of explosive liberation: you need neither heaven nor hell to love God… Neither fear of punishment nor the pursuit of rewards; surrender yourself to Him for who He is:

I love You with two kinds of love:
the love of passion
and a love of which You are worthy.

As for the love of passion,
it is that I am occupied
only with thinking of You,
to the exclusion of all else.

And as for the love of which You are worthy,
it is that You lift the veil
so that I may see You.

No praise for me in either,
but in both, praise to You!
Rabia al-Adawiyya


“Far from being condemned by God, passion purifies love in that it excludes from its sphere everything that is not the divine Beloved, be it people or things.
(…) The Saint does not say: ‘I want You for myself alone’; she says: ‘I want myself for You alone.’
(…) “The love of the Most High Lord fills my heart so completely that there is no room left for either friendship or enmity towards anyone else.

The second love presents no difficulty if one understands the vision of God as an effect of love. Love entails the desire (proper to mystics) to see the Beloved, to rest in His presence, even if it means forgetting the world, since beatitude is sought propter se (for oneself), not propter aliud (for others).
(…) Instead of a causal relationship: love brings about revelation, an identity: love consists in revelation.”

(ibid.)

Love is already vision, writes Jad Hatem

I shall omit a few lines again, but… the booklet “The Heart of Man” stems from this perspective, from this possibility for the soul to be the reflection of the Beloved.

There is, as we can see, the notion of a mirror, of a heart, of vision and of identity… It is through the Light of Truth that my soul reflects divine Love… and the mirror receives the Light, and the reflection does not lie.

Let’s take a step back in time...
for all this was already present in Plotinus (205–270), long before Râbi’a:

“To conceive of God,
the soul must detach itself from external objects,
turn inwards and examine its own nature;
in doing so, it sees that, having a close affinity with divine things,
it can and must seek to know them.”

“We must therefore hasten to leave this world behind, detach ourselves as much as we can from the body to which we are, to our sorrow, still chained, and strive to embrace God with our whole being, leaving no part of ourselves that is not in contact with Him.

Then the soul can see God
and see itself,
as far as its nature allows;
it sees itself shining with clarity,
filled with intelligible light,
or rather it sees itself as a pure,
subtle, light light; it becomes God,
or rather it is God.
In this state, the soul is therefore like a resplendent fire.
If it then falls back into the sensible world, it is plunged into darkness.”

“Let us see Him as one with ourselves;
let us see Him as being ourselves.”
Plotinus


It is worth noting, in passing, the parallel with देवो भूत्वा देवं यजेत् (‘Devo bhutva devam yajet’): “Having become God, one must worship God” or “Only he who has become divine can honour the Divine”

Shivo bhutva Shivam yajet

To truly worship God (the Divine/Ishta-devata), the devotee must first purify their mind and realise their own divine nature (Atman). It is a matter of identifying with the divinity in order to worship it, rather than regarding oneself as a separate and inferior being. This suggests that the divine is not a distant external entity, but a reality one discovers by becoming that essence oneself.

In other words, it is the idea that to perceive the Light, one must oneself become light. The worshipper cannot remain separate from the object of their worship; they must elevate their own consciousness in order to come into contact with Him.

We will recall that Mâ Ânandamayî said that there is no difference between the observer, the observed, and the act of observation.

What does the direct perception of the Self, Atma darshan, mean?
The observer, the observed and the act of observation: when these three (triputi) become one, one realises Brahman.
Mâ Ânandamayî

Some curious avenues

Devotion to the Heart of Jesus… were the Christian women saints of the Middle Ages not swept up by Bhakti? (Women were the driving force behind this fervour, but there were also key male figures.)
Did Bhakti not follow the incense route, leaving India to reach the Arab countries, then the Mediterranean?

We know, for example, that Plotinus is said to have stayed temporarily in Alexandria, where he would certainly have met Buddhists, ‘Brahmins’ and ‘Gymnosophists’ (sadhus)…
The Sufis would thus have carried Bhakti with them via Plotinus (the first Arabic translations of his philosophical writings were produced at Bayt al-Hikma in Baghdad), having absorbed it, they would have passed it on to the Andalusian philosophers (Ibn Arabi in particular) and then to the inhabitants of the Rhine… in a sort of capillary diffusion that knows neither eras nor borders…

Why the Rhine? It would take too long to explain… but let us turn directly to the texts:

"Virtues, I take my leave of you forever,
My heart will be freer and happier for it;
Your service is too costly, I know that well.
For a time I devoted my heart to you without ceasing;
You know that I was wholly devoted to you;
I was, then, your servant; now I am set free.
In you I had placed my whole heart, I know it well,
And rightly so, for that was what sustained me whilst I waited.
I have suffered more than one harsh torment, I have endured many hardships;
It is a wonder that I have managed to escape them alive.”

Marguerite Porete (1250–1310), like Râbi’a, turned her back on social norms and even on morality… Their exclusive love for God allowed for no compromise. She broke free from worldly constraints… to experience a new freedom in Pure Love.

"It is true that this soul has taken leave of the Virtues
as regards their practice and as regards the desire for what they demand;
but the Virtues have not taken leave of her,
for they are always with her,
and this, by obeying her perfectly.
And according to this way of understanding,
this soul takes leave of them,
and yet they are always with her.”


[These souls are in the true freedom of Pure Love]
when they have no desire, nor feel in any way,
nor the slightest emotional attachment at any moment
(…) Those who experience this are in such a state of fulfilment,
that they have the divine sun within them, without seeking it from without,
and thereby they can preserve the purity of heart
(…) These souls are alone in all things and united in all things,
for they do not lose the freedom of their state, whatever may befall them.
Indeed, just as the sun receives its light from God
and shines upon all things without contracting any impurity,
so too do these souls receive their state from God and in God,
without contracting any impurity,
whatever they may see or hear outside themselves. ”

Marguerite Porete, “The Mirror of Simple Souls, Destroyed and Remaining Only in the Will and Desire of Love”, c. 1290.


For Marguerite Porete, a ‘simple soul’ is a soul that has renounced its own will. It no longer looks upon itself; it has become a mirror that has been rendered void, having no existence of its own, and allows the divine light to pass through unhindered.

“This soul is so ablaze
in the furnace of the fire of love,
that it has become fire,
strictly speaking,
so much so that it does not feel the fire,
since it is fire in itself
through the power of Love that has transformed it…”
Marguerite Porete (ibid.)


We see a common direction, though we cannot historically prove that there was any influence... But it is highly likely that, in difficult times, liberating texts and quasi-subversive ‘legends’ (in the eyes of the Church) such as that of Râbi'a would spread rapidly...  These women shared “the gesture of excess in their love for God and humanity”, as Jad Hatem writes.

Love is insurrection.

For a certain “timid piety”, dogma is not really a path to God, but a security fence. Anyone who jumps the fence (like the mystics) is seen as a threat to the established order. They derive moral satisfaction from their strict obedience and feel insulted by those who claim to reach God without going through the usual ‘intermediaries’.

There has always been a kind of confrontation between “Little Holy Church” (the institution, governed by reason, the priests, the sacraments) and “Great Holy Church” (the liberated souls and their direct mystical union, those mystics who have been in loving contact with the divine Eternity of God)...

Christ is that luminous Cathedral of “the Great Church”:

“The wind blows where it wills; you hear its sound,
but you do not know where it comes from or where it is going.
So it is with everyone who is born of the Spirit."
(John 3:8)


The establishment and the bigot fear the wind; they prefer the comfort of a closed dogma to the unpredictability of the Spirit that inspires the mystics.
It should be added that this sensible and solid cathedral was founded, in order to articulate the Christian faith, on Plato and Aristotle. And, like a tectogenesis, in a sort of reticularity, this other Cathedral of simple and simplified souls drew deeply, for its part, on the philosophy of Plotinus.

‍‍After Marguerite Porete’s condemnation for heresy and her death as a martyr, her book circulated clandestinely, crossing borders, then copied and translated anonymously (as it was banned). She too, in her own way, was a bearer of luminous insurrection, of the ‘Free Spirit’… Her book continued to circulate for centuries (sometimes attributed to other male authors) before her identity was formally restored by the historian Romana Guarnieri in 1946.

Her book would exert a profound influence on medieval spirituality, notably on Meister Eckhart (1260–1328), one of the greatest Christian mystics in history. He asserted that man must live and act “without why” (sunder warumbe). Like the rose that blooms “because it blooms”, the soul must unite with God without motive, without gain, without even seeking holiness.

It is not for lack of desire, but I shall not elaborate on his thought here:

“Man must become free from all created things, even from God himself, in order to return to God.”

“There is a power within the soul that is bound neither to time nor to the flesh… In this power, God is found in its entirety.”

“The eye through which I see God is the same eye through which God sees me. My eye and God’s eye are one eye, one vision, one knowledge and one love.”
Meister Eckhart


I have focused on Marguerite Porete, but in her time there were other women such as Hadewijch of Antwerp (1220–1260) or Mechthild of Magdeburg (1207–1283) who were already speaking of the ‘depth of the soul’ and the necessity of becoming ‘nothing’ in order to be filled with God.
One would need to paint a broad picture of this effervescence, and, no doubt, it would leave us feeling somewhat dizzy...
The Christian soul, like a child awakening, was evaporating through love, through devotion without any limits... almost everywhere at the same time... a Masterful Spring…

Why do I call these ‘strange leads’?
To my surprise, this investigation has spread like wildfire, both across the land (geographically) and through time (across the ages)… ?
Had I confined myself to analysing the images from the booklet ‘Le Coeur de l'Homme’ and comparing them with other editions of the work, my investigation would have been limited.
This, incidentally, is the formidable work of Anne Saucy, which is remarkable and has been of great use to us.

But I had to realise that an idea does not merely have a history, it has a cartography… so much so that we should not only consider things from a cultural, religious and geopolitical perspective, but also from the perspective of a “genealogy of ideas” and even a geonoetics… an improper term, but one that might convey the notion of “the contamination of ideas via terrestrial routes”… if an idea deterritorialises itself and travels along a road… or rather if it becomes a crystalline rhizome through its hosts…
Human worlds have never been watertight blocks, isolated entities. They are rather networks of exchange, of materials but also of ideas. Interlocking organs and free electrons that circulate, carve out furrows, build "trading node", "learning node"…

That is why it is strange; I am quite willing to use the term ‘bhakti’ to refer to the pure Christian devotion of the Middle Ages… as if Bhakti had set out on the road and seeped into the noetic and ontological fabric…

But that would be only part of the reality, a quasi-logistical view of the flow.

We must certainly also recognise that the Christian spirit was saved from the abyss on many occasions, as we have tried to explain. And from there, I had to admit that the rescue was far more extensive and pervasive, not only for Christians but for all believers throughout the world, in every age... It is a true mystery and a true miracle!

On closer examination, we see that bhakti came to deliver souls when dogma, the ‘Established Order’ or the ‘dominant paradigm’, became too oppressive... whether in India (from the 7th and then the 15th century), in the Muslim world through Sufism (in the 11th and 13th centuries), or among Christians (in the 12th, then the 15th and 17th centuries), or elsewhere... Hasidism in Eastern Europe (in the 18th century) and the Spirituals in America (in the 19th century)…

This hypothesis has emerged from the evidence gathered here and there... The prospect is fascinating and would suggest that humankind is never merely a ‘discarded project’ at the mercy of mathematical or cosmic chance...

The Mother shines forth through the centuries, cultures, spiritualities and souls... always the same Face; though it is a Thousand Faces, it is always One.

Sitatapatra: Each palm of her hands and each sole of her feet has an eye, symbolising her ability to watch over and protect all of humanity simultaneously. Her name means ‘White Parasol’. She holds this attribute to symbolise the protection she offers against illness, disasters and negative forces.

The path of devotion (bhakti) established by the Bhagavad-Gita is justified by the personalisation of the Absolute. Instead of the immutable, supra-temporal, deaf and mute Absolute, a god who says ‘I’ is identified with time, incarnates and establishes a relationship of friendship with humankind. Yet even though the aims and forms of devotion are manifold, its ultimate goal is union with Vishnu beyond or through Krishna, his avatar.” (Jad Hatem, ibid.)

"Whether one chooses the path of devotion,
where the “I” is lost in the “You”,
or the path of the quest for the Self, the true “I”,
it is He alone whom one finds
in both the “You” and the 'I'

"God is my own Self,
identical to myself,
my innermost Self.”
Mâ Ânandamayî,The Teachings of Mâ Ânandamayî