Trois Saintes
La sainteté est la perfection de l’homme.
Il retrouve grâce à elle le contact avec un petit morceau d’éternité ou un grand, qu’il y ait un dieu ou qu’il n’y en ait pas, qu’il y en ait plusieurs ou seulement l’Un planant par-dessus toute déité passé, présente et à venir.
Bien que les femmes qui font l’objet du présent essai appartiennent à des religions (islam, christianisme, hindouisme), des époques (VIIe, XVIIe et XXe siècles) et des tempéraments différents, elles ont en commun le geste de l’excès dans l’amour de Dieu et des humains.
Le décisif pour elles était, outre la quête de l’absolu, la peine réalisation d’elles-mêmes que ce soit dans la plénitude, le désert, l’enfer ou le néant.
Citation
Les trois Saintes qui font l'objet du présent essai ne remplissent pas des missions à elles confiées et ne s'alignent pas davantage sur l'exigence commune.
Leur réaction à l'immortelle sentence de Léon Bloy, en fin de la Femme Pauvre : "Il n'y a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des saints", serait : navrant est le saint sans excédence.
Les sobres hardiesses de Râbi'a Al-'Adawiyya dépassent la mesure impartie aux fidèles. La témérité de Marie des Vallées la fait servir son Seigneur en enfer et dans le néant. Par la voie du sublime les audaces de Mâ Ananda Moyî culminent dans la déification.
C'est assez souligner leur excellence du fait que même si elles ont quelque chose de commun avec le mal, leur mystique, enveloppant un Oui sur base de Nons, est élévation de la spiritualité à la puissance supérieure, voire suprême.
Elles auraient trouvé grâce auprès de Julien Green préférant les saints de feu à ceux de glace tenus à l'abris de la tentation. L'excès mystique est une pierre philosophale qui transforme en or le vil métal de la médiocrité.
La nécessité de méditer la sentence de l'Etoile de la Rédemption de Franz Rosenzweig se fait de plus en plus pressante : "La vérité divine se dérobe à celui qui voudrait ne la saisir que d'une main"
