Dualité
Q: Pendant tous ces jours de fête, nous avons entendu tant de choses magnifiques !
Mâ : Magnifique ? Tant que vous distinguez le "beau" et le "laid" vous n'avez rien compris !
Q : Nous ne comprenons même pas un peu ?
Mâ : "Nous comprenons"... c'est sans intérêt tant que celui qui comprend et ce qui est compris demeurent séparés.
Q : (...) et quand nous sommes oublieux !
Mâ : L'oubli ? Oubliez l'oubli. La mort doit mourir.
Q : (...) et quand l'on se souvient !
Mâ : Se souvenir ? Alors vous gardez en tête. Rejetez plutôt.
Déposez tout ça à Ses pieds.
Je veux dire : demeurez dans l'expérience de ce qui est !
(Elle contemplait une feuille de bougainvillier)
Mâ : Comme c'est beau ! Regardez, les feuilles sont ocres.
Le visiteur : Dans mon pays toutes les feuilles tournent à l'ocre à l'automne.
Mâ : Dans votre pays ? Quel est votre pays ?
Le visiteur : Là où j'était avant de venir en Inde.
Mâ : Avant, ça veut dire quoi ? Et avant, où étiez-vous ?
Le visiteur : Avec vous.
Mâ : Avec moi ? Comment le savez-vous ?
Le visiteur : Vous le savez !
Mâ : Comment savez-vous que je sais ?
Le visiteur : Je ne sais pas.
Mâ : Comment savez-vous que vous ne savez pas ?
Le visiteur : Je ne sais rien ; je suis un fou !
Mâ : Comment savez-vous que vous êtes un fou ?
Le visiteur : Maintenant, il vaudrait mieux que je reste silencieux !
Mâ : Et quelle sera l'utilité de votre silence ?
Le visiteur : Des propos vains et insensés ne seront pas prononcés.
Mâ : Et pour quel avantage ?
Le visiteur : Je n'en sais rien.
Mâ : Vous n'en savez rien ? Vous redites que vous n'en savez rien ? Quelqu'un qui ne sait rien peut-il s'agacer ? Si l'on sait, on peut s'irriter de voir que les choses ne sont pas comme elles devraient être ! Mais un fou ne peut pas être dépité, car il ne sait pas ce qui devrait être. Toujours, souvenez-vous que vous êtes un fou et que par là rien ne peut vous décevoir. C'est le "je" qui proteste et c'est le "je" dont il faut se défaire. Alors le fou sera peut-être un éveillé...
En tout cas, gardez en tête que vous ne savez rien et que de ce fait rien ne peut vous irriter. Alors le "je" s'évanouira et la joie surgira.
Q : Mais ne dites-vous pas Hari kathâ hi kathâ aur dab vrithâ viathâ : on doit parler de Lui seul, tout le reste n’est que vanité et souffrance.
S’il n’y a que le Un-sans-second, comment peut-il y avoir des paroles et un discours ?
Mâ : Demeurez seulement en Lui, habitez seulement en Lui !
On ne peut Le laisser de côté, bien qu’on puisse essayer de L’exclure.
Il est toujours là, mais si vous Le reconnaissez, Il sera aussi là sur le plan où les conversations et les discussions existent.
Question : Si tout est créé par Dieu et qu’il n’y a rien d’autre que Dieu, quoi que nous fassions, c’est la volonté de Dieu.
Ainsi, si je tue un homme, cela ne va pas à l’encontre de la volonté de Dieu. Comment cela serait-il possible ?
N’y a-t-il pas, au contraire, certaines situations où nous allons explicitement à l’encontre de la volonté divine ?
Mâ : Pourquoi me demandez-vous cela ?
Si votre position était juste, vous ne me poseriez pas cette question, vous resteriez silencieux.
Si vous posez la question, c’est que vous savez que votre position est fausse. Il vous faut découvrir la vérité au-delà de cette apparente contradiction.
N’êtes-vous pas à la fois et selon les circonstances, un père, un fils, un mari...
Etes-vous pour autant trois personnes différentes ?
De la même manière, Dieu est Celui qui fait, Celui qui vous fait faire, et Celui qui jouit de ce qui a été fait.
C’est l’ignorance qui vous a fait poser cette question.
Quand l’ignorance est détruite par la connaissance, il n’ y a plus de place pour aucun doute...
Ainsi encore, quand vous étiez célibataire vous étiez Un.
Quand vous vous êtes marié, vous êtes devenu deux.
Quand vous avez eu des enfants, vous êtes devenu trois, quatre, cinq, etc.
Mais, quand le voile de cette ignorance est enlevé, alors vous réalisez que cette multiplicité apparente s’intègre dans l’unité de la famille que vous avez vous-même créée.
C’est pour détruire l’ignorance, obtenir la Connaissance et s’établir dans le Soi que sont pratiquées ici les sadhanas (ascèses) que vous savez.
Ces sadhanas ne sont pas faites pour obtenir un nouveau Soi, mais pour dissiper le voile qui recouvre votre Vraie Nature, présente de toute éternité.
Question : J'ai lu dans des livres que certains êtres disent qu'ils doivent descendre pour agir dans le monde. Cela semble impliquer que, bien que l'on soit établi dans l'Être pur, on doit recevoir l'aide de l'esprit pour travailler. Tout comme un roi, lorsqu'il joue le rôle d'un balayeur, doit, pour l'instant, s'imaginer qu'il est un balayeur.
Réponse : En assumant un rôle, il n'est certainement pas question d'ascension ou de descente. En demeurant dans Son propre Être essentiel, Il met lui-même en scène une pièce de théâtre avec lui-même. Mais lorsque vous parlez d'ascension et de descente, où se trouve cet état d'Être pur ?
Brahman est un sans second.
Bien que sous votre angle de vue, je l'admets, il apparaît comme vous le dites.
Question : Vous avez expliqué cela depuis le niveau de l'ignorance. Maintenant, s'il vous plaît, parlez du niveau de l'illuminé !
Réponse : (en riant)... Ce que tu dis maintenant, je l'accepte aussi. Ici (en se montrant du doigt), rien n'est rejeté. Qu'il s'agisse de l'état d'illumination ou d'ignorance - tout est correct.
Le fait est que vous êtes dans le doute.
Mais ici, il n'est pas question de doute. Quoi que vous puissiez dire et à n'importe quel niveau - c'est Lui et Lui et seulement Lui.
Question : S'il en est ainsi, est-il utile de vous poser d'autres questions ?
Réponse : Ce qui est, est. Il est naturel que des doutes surgissent. Mais ce qui est étonnant, c'est que là où Cela est, il n'y a même pas de place pour des prises de position différentes. Les problèmes sont discutés, certainement, dans le but de dissoudre les doutes.
Il est donc utile de discuter. Qui peut dire quand le voile sera levé de vos yeux ? Le but de la discussion est de dissoudre ce mode de vision ordinaire. Une telle vision n'est pas une vision du tout, car elle n'est que temporaire.
La vraie vision est celle pour laquelle il n'y a pas de différence entre voir et être vu. Elle est sans yeux - elle ne doit pas être observée avec ces yeux ordinaires, mais avec les yeux de la sagesse. Dans cette vision sans yeux, il n'y a pas de place pour la "di-vision".