Dualité
Question : Le soi Atman et le Brahman suprême ne sont différenciés que par la limitation. La réalisation qui vient par la méditation constante sur "Je suis la Vérité-Conscience-Félicité" est la réalisation de soi.
Puisqu'il n'y a pas de réalisation du Suprême, il doit donc s'agir d'une réalisation partielle. Est-ce exact ?
Réponse : Si vous pensez qu'il y a des parties dans le Suprême, vous pouvez dire "partielle".
Mais peut-il y avoir des parties dans le Suprême ?
Comme vous pensez et ressentez en parties, vous parlez de "toucher", mais Il est entier, Ce qui Est.
(un haut fonctionnaire du gouvernement est venu visiter Mâ Anandamayî.)
Question : Je n'ai aucune foi, et je ne vois pas comment cela pourrait changer ! Qu'en pensez-vous ?
Mâ : vous dites que nous vous n'avez aucune "foi " : eh bien, établissez-vous fermement dans cette conviction !
Car, où est le "non" est fatalement le "oui" !
Qui peut prétendre être au-delà de la négation et de l'affirmation ?
La foi est un geste fondamental, une impulsion naturelle à l'être humain, la foi en Dieu en découle.
La vie humaine est ainsi faite que personne ne peut dire "je ne crois en rien", vous croyez toujours quelque chose !
Le mot manush (humain) est constitué de man (esprit) et hush (conscient) ; cela induit qu’il n'y a pas d'humanité sans esprit ouvert et sans vigilance, cela montre que le penchant naturel de l'être humain est de prendre pleinement conscience de la réalité.
Quand les enfants apprennent à lire et à écrire, et doivent s'attendre à être corrigés ! Dieu aussi "corrige". C'est la preuve qu'Il prend soin des humains ! Ces corrections déplaisent ; en fait, elles transforment les cœurs et mènent à la paix. En compromettant des satisfactions ordinaires, elles font cheminer vers la Joie suprême.
Le corps humain survit par un perpétuel va-et-vient de la respiration. Quel inconfort ! De même, dans la vie, vous pouvez circuler en touriste qui va, vient, saute d'un lieu à l'autre, d’une distraction à une autre... Ou bien être un pèlerin lié son être profond et qui avance vers sa vraie demeure : la Pleine Connaissance.
Les déconvenues viennent parfois troubler votre progression ! Tant que la véritable demeure n'est pas rejointe, les désagréments sont inévitables.
Le sens de la séparation est la cause-racine de tout malaise. Il est fondé sur un quiproquo : la croyance en la dualité.
On nomme ainsi le monde, du-niya, "fondé sur la dualité".
Puisque les croyances humaines dépendent grandement du contexte environnant, mieux vaut choisir la compagnie des sages !
La foi est confiance en l'être. La méfiance se fonde sur un non-être pris pour l'être. Parfois l'Être Pur se révèle sans condition. Parfois il se manifeste en réponse à une quête ardente. Dans un cas, la révélation est spontanée, dans l'autre, elle vient après l'effort ; chaque fois, selon Son gré.
L'homme se prend volontiers pour le "manager", alors que tout est dirigé de "là-bas".
"Là-bas" les décisions sont prises, depuis la "maison-mère" !
Et vous dites "je fais" ; comme c'est drôle !
Quand malgré tous vos efforts, vous ratez votre train, cela montre que vous ne contrôlez pas toutes les situations... Ce qui arrive à chaque instant, est fixé par Lui ; c'est Lui qui arrange tout ! Un lien sans fin unit Dieu et l'homme. Dans Son Jeu, Il est parfois contrariant, Il semble aller contre ! Il n'en est pas ainsi, car la relation est éternelle.
D'un autre point de vue, il n'est pas question de dire même : "relation". Quelqu'un venu rencontrer "ce corps", se présenta ainsi :
- Je suis pour vous un nouveau venu !
Il reçut cette réponse :
- Toujours nouveau ! Toujours ancien !
Les lampes du monde s'allument et s'éteignent. Il est une lumière éternelle qui ne peut passer. Cette lumière permet de percevoir les lumières extérieures et toute chose dans l'univers. Parce qu'elle luit en vous, vous voyez. Parce que la Connaissance suprême réside en vous, pouvez acquérir les autres formes de connaissance. L'esprit est comme la racine d'une plante : irrigué, toute la plante est désaltérée.
Parfois vous vous exclamez que vous n'en pouvez plus ! Mais aussitôt rentrés chez vous, vous vous sentez bien !
Si vous avez l'esprit à "vos" affaires, aucun problème !
En réalité, toute affaire est votre affaire. Comment allez-vous comprendre cela ?
En réalité le monde entier est vôtre ; il est votre propre nature, votre identité véritable ; mais vous le percevez séparé de vous, comme lorsque vous rencontrez "les autres" !
La non-séparation comble.
L'exclusion rend misérable.
Percevoir la dualité entraîne conflits, douleurs, luttes, mort.
Mon ami, mets-toi en chemin !
Question : Nous vous entendons souvent dire : "Pensez à Dieu."
Mais Dieu est sûrement impensable et sans forme.
Ce à quoi on peut penser doit avoir un nom et une forme et ne peut donc pas être Dieu.
Réponse : Oui, sans aucun doute, Il est au-delà de la pensée, de la forme et de la description, et pourtant je dis : "Pensez à Lui !"
Pourquoi ?
Parce que vous êtes identifié à l'ego, parce que vous pensez être celui qui agit, parce que vous dites : "Je peux faire ceci et cela", et puisque vous vous mettez en colère, que vous êtes avide, et ainsi de suite, vous devez donc appliquer votre "moi" à la pensée de Lui.
Il est vrai qu'Il est sans forme, sans nom, immuable, insondable.
Pourtant, Il est venu à vous sous la forme du Son éternel ou de la descente de Dieu sous la forme du Verbe, ou sous la forme d'un Avatar.
Ceux-ci aussi sont Lui-même et par conséquent, si vous vous en tenez à Son nom et contemplez Sa forme, le voile qui est votre "moi" s'usera et alors, Lui, qui est au-delà de la forme et de la pensée, sera...
Vous pensez que vous vous engagez dans la sadhana, mais en réalité c'est Lui qui fait tout, sans Lui rien ne peut être fait.
Et si vous vous imaginez que vous recevez en fonction de ce que vous faites, ce n'est pas correct non plus, car Dieu n'est pas un marchand, avec Lui il n'y a pas de marchandage.
(à la suite d'un échange sur la relation entre l'ego et le Soi)
Question : Je veux vous poser une question, Mâ.
Mâ : Non, non, je connais votre question, je vais la poser moi-même. Vous voulez poser la question de la dualité (dvaïta) et de la non-dualité (advaïta).
Voici ma réponse : la position dualiste est acceptée du point de vue du disciple, mais du point de vue du but, c'est la non-dualité qui est vraie.
Swami Prakashânanda : Mâ a expliqué le paradoxe des rapports entre le point de vue dualiste et le point de vue non-dualiste. La position du disciple, au début, est forcément dualiste et c'est pour cela que, bien que nous soyons non-dualistes, nous assumons la position dualiste pour aider ceux qui commencent une ascèse.
Mâ : Quand on commence la sadhana, on dit : "Voici Krishna" ou "Voici Rama" ou "Voici le Seigneur", etc.
Mais après avoir réalisé la vraie nature de Krishna ou de Rama ou du Seigneur, on dit : "Tout est Krishna" ou "Tout est Rama" ou "Tout est le Seigneur".
Cela étant, où est alors la différence entre le point de vue dualiste et le point de vue non-dualiste ?
Le Dieu qui a formes et qualités et qui, au départ, est ressenti par le sadhaka comme un autre que lui, ce même Dieu est ensuite réalisé comme étant la totalité de l'existence, le Brahman omniprésent.
Quand le sadhaka réalise cela, il se fond en Brahman. Alors ce qui était dévotion ou amour de Dieu est transcendé.
Il n'y a plus ni dévotion ni absence de dévotion, car il n'y a plus de différence entre Dieu et son adorateur.
Mâ : Pour celui qui est dans la Vérité pure, tout est soit "Je" soit "Tu".
Je le répète, "Je", "Tu" et l’univers, tous trois se dissolvent dans le Suprême.
C’est ceci, atteindre Dieu ou avoir la vision de Brahman.
Pramatha Babu : Mais on dit que Dieu vient et se manifeste ; Les gens peuvent parler avec Lui. Est-ce que tout cela est faux ?
Mâ : je dis que c’est tout à fait faux.
(Après un bref intervalle) Je dis encore que c’est tout à fait vrai. C’est ce dont nous parlions ce matin.
Ces visions, ces vibrations sont vraies tant que nous sommes au niveau d’une nature fondée sur le besoin.
Au moment-même où nous nous installons dans notre véritable nature, toutes les distinctions disparaissent.