Karma
Pandit Vaidyanath dit : Mâ, nous croyons en la réincarnation selon les lois karmiques.
Mâ : En effet, il en est ainsi.
Q : Mais les chrétiens croient en une seule naissance.
Après la mort, ils vont attendre le Jour du Jugement quand Dieu décidera de leur destinée.
Mâ : Oui, c’est la vérité.
(Chacun se mit à rire en entendant Mâ souscrire à deux points de vues apparemment aussi opposés.)
Mais Mâ ajouta :
Mâ : Bholanâth avait l’habitude de m’appeler la reine de la Cour d’Appel (Appealeshwarî), parce que j’ai toujours l’air d’être d’accord avec tout le monde.
Le fait est que je vois clairement un rapport entre ces affirmations qui, prises singulièrement, mènent à la totalité ou à l’infinité.
Que faut-il là-dedans rejeter et que faut-il accepter ?
Les croyances appartiennent au domaine de l’esprit. L’esprit est modelé et déterminé par préférences inconscientes (samskâras).
La tendance naturelle à aller vers un tas de croyances vient de préférences engrammées qui nous sont parfois inconnues.
Tout ce que je vois c’est que si quelqu’un exprime une croyance et qu’il est convaincu que ce en quoi il croit est vrai, eh bien si tel est son point de vue, c’est vrai !
Question : Si nos parents sont opposés à notre recherche spirituelle et s'ils n'ont pas de respect pour notre guru, que devons-nous faire ?
Certains disent : " Il faut obéir au guru". Quelle est donc l'attitude juste ?
Mâ : Celui qui veut vivre avec sa famille doit obéir à ses parents.
Et, en même temps, il vous faut suivre les instructions spirituelles de votre guru.
Mais pour ceux qui ont pris le sanyasa et qui se sont rendus libres des contraintes sociales comme l'ont fait tous les religieux qui sont ici, ceux-là n'ont plus à obéir à leurs parents.
Ai-je raison, Baba ?
Swâmi Prakashânanda : La réponse de Mâ est comme un aphorisme (sutra).
Un sutra compte peu de mots mais a une signification très profonde ; et je vais l'expliquer.
Celui qui, de par sa condition, est lié à la vie familiale, doit obéir à ses parents aussi bien qu'à son guru.
Ceci dit, en obéissant aux directives de son guru, il assure de fait le bien-être de ses parents...
Mais, pour celui qui a pris le sanyasa, comme les mahâtmas ici présents, le seul devoir est d'obéir au guru.
Ce sont les deux chemins.
Le premier c'est celui de Rama, le second celui d'Hanuman.
Le chemin de Rama est terrestre (Rama marche sur la terre), celui d'Hanuman est céleste (il vole dans les airs).
Cette référence à l'épopée du Ramayana illustre le fait que celui qui vit en famille doit, de ce fait, suivre une voie plus prosaïque et se servir du Karma Yoga et de la méditation comme de deux bouées qui l'empêchent de sombrer en traversant l'océan de la vie.
La voie de ceux qui ont renoncé au monde, au contraire, est plus rapide car ils sont libres des contraintes sociales.
Chacun doit suivre la voie qui convient à ses possibilités et à sa condition.
Question : Pourquoi doit-on récolter le résultat des actions présentes dans un autre corps et en une autre vie ?
Mâ : Pourquoi avez-vous pris ce corps ?
La raison pour laquelle vous avez pris ce corps est celle-là même qui vous forcera à prendre un autre corps.
Swâmi Prakashânanda : Vous devez comprendre que c'est la cause même qui vous a fait prendre ce corps qui vous en fera reprendre un autre.
Les actions accomplies avec les corps grossier et subtil peuvent être classées en trois types :
- Sanchita : Les actions passées accumulées
- Prarabda : Les actions présentes qui résultent des premières
- Agama : Les actes futurs qui résulteront des actions présentes.
Selon cette classification, chacun doit renaître en fonction de ses actes passés.
Voilà ce que Mataji a voulu dire.
Mâ : Pour échapper à cette roue du karma, vous devez rechercher la compagnie des sages (satsangha) et développer votre conviction à propos de votre vraie nature, ce dont on parle ici. Cette détermination vous conduira au Soi, au-delà de la roue du karma.
De plus, bien évidemment, les ascèses que nous pratiquons ici telles que le jeûne, la libation d'eau sacrée, la méditation etc., ont aussi pour but de vous aider dans cette quête.
Question : Si on a péché pendant cette vie avec ce corps, pourquoi doit-on souffrir des conséquences de nos actes présents dans une autre vie, avec un autre corps ? Vous n’avez pas donné une réponse satisfaisante à cette question, c’est pourquoi j’y reviens.
Si je commets un meurtre dans cette vie, la justice me punit dans cette vie.
Pourquoi devrais-je alors en souffrir de nouveau dans une autre vie ?
Mâ : Les impressions latentes (samskaras) des actions effectuées dans une vie se conservent de vie en vie.
C’est pourquoi on doit souffrir dans les vies futures des impressions fortes que nos actes présents auront gravées en nous.